La fin du harcèlement

Tout s’était passé très vite. Si vite.

A la suite d’une conversation téléphonique que je qualifierais de « surnaturelle » tant elle était violente et surprenante, je décidais de mettre à fin à 10 mois de galère professionnelle et de cauchemar dans l’hôtellerie. Je trouve que les mots sont faibles pour décrire une situation telle que je rentrais tous les jours épuisée, démoralisée, doutant un peu plus à chaque heure qui passait de mes capacités. Aux remarques acides, les insultes ont fusé. Les jours de repos n’en étaient pas, il y avait toujours une bonne excuse pour m’appeler, et me dire que j’avais encore raté quelque chose, que j’étais responsable d’une catastrophe, et que de toute façon je faisais toujours n’importe quoi, et que j’étais incompétente. Bien sûr, je répliquais, je me défendais. Parfois, j’étais accusée d’erreurs commises alors que je n’étais pas de permanence. Mais sur l’ordinateur, mes codes apparaissaient alors c’était forcément de ma faute.

Aujourd’hui encore, il m’arrive d’avoir des flashs de ces échanges où j’ai souvent perdu mon sang-froid, où la colère a pris le dessus, et où les larmes ont coulé. Quand je croise des femmes qui lui ressemblent, je ne peux m’empêcher de sentir la panique monter, je baisse le regard et je m’éloigne…

Alors que mon téléphone portable tombait à court de batterie et me rendait un énorme service en s’éteignant – interruption d’un flot de méchancetés sans précédent – je fondais en larmes une fois de plus et me jurais une chose : ne plus jamais y retourner, ne plus avoir à l’affronter, ne plus m’exposer. Durant mon arrêt maladie, je me soumettais aux examens de santé demandés par le médecin.  Je décidais alors de ne pas me taire et de faire tout ce qui était à ma portée pour arrêter cette femme : alors l’inspection du Travail demandait des preuves au harcèlement moral dont je souffrais que je ne pouvais apporter. La médecine du travail m’imposait leur non-interventionnisme, me déclarant catégoriquement qu’on n’enverrait personne pour y constater une quelconque situation difficile pour les employés. Quant aux collègues, ils se plaignaient mais ne diraient rien, ils tenaient à leur travail et je n’allais pas leur imposer de me soutenir dans ma démarche. J’abdiquais, je m’écroulais…

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Un nouveau poste pour se reconstruire, se redécouvrir.

A peine deux semaines plus tard, je trouvais un autre poste. C’était l’occasion de travailler de nouveau en Office de Tourisme, de mettre de la distance géographique avec un endroit qui m’avait presque détruite. Les meubles démontés, les affaires emballées dans des cartons, une camionnette louée et je m’installais dans un nouvel appartement. Changer d’air était devenu indispensable pour se reconstruire, pour se redécouvrir. Je touchais le fond, et je voulais remonter même si je n’avais plus de force, même si je ne dormais que grâce à des anxiolytiques qui me laissaient dans le cirage plusieurs heures après le réveil.

Je quittais la Haute Normandie pour la Basse Normandie, le Pays de Caux pour le Pays d’Auge et je retrouvais des paysages qui allaient m’émerveiller, des produits du terroir délicieux. A Lisieux, je découvrais Sainte-Thérèse et je laissais ma foi grandir. J’apprenais la prière, je découvrais la sérénité. Sous l’œil rassuré et attendri d’Habibi, je changeais.

J’intégrais une petite équipe où des relations de confiance se tissaient au fur et à mesure des mois qui passaient. Plus proche de ma collègue directe que de ma responsable, nous sommes maintenant des amies et nous avons toujours mis un point d’honneur à travailler dans l’échange, le partage et la bonne humeur.

Plus de deux ans ont passé. Deux années faites de hauts et de bas, tant les marques laissées par ces dix mois dans l’hôtellerie sont profondes. Je sens comme je dois prouver que j’ai ma place. Le poste n’est pas compliqué, c’est juste que je veux bien faire, voire même mieux faire. Si la plupart des idées nouvelles que j’apportais n’ont pas abouti à des projets concrets, c’était par manque de moyen et non pas par manque de compétences. Si j’étais frustrée, au moins j’étais rassurée.

J’ai pourtant très vite senti que je stagnais, et même si j’étais en CDI, même si je m’entendais bien avec mes collègues, j’ai bien dû admettre que cela ne me suffisait plus. Il s’agissait pas de gagner plus d’argent – même si cela permettrait de ne pas avoir des fins de mois difficiles -, il s’agissait de pouvoir prendre des initiatives, d’avoir de la nouveauté à apporter, de participer à la création d’une vision. Défiant les chiffres effrayant du chômage et de la précarité des jeunes, je négociais une rupture conventionnelle de contrat que j’obtenais il y a quelques semaines.

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Un nouvel avenir

A aucun moment je n’ai regretté ce choix. Et à aucun moment je ne me suis inquiétée. Serait-ce parce que de nouveau je croyais en mes capacités ? Serait-ce parce que je me tournais vers Dieu en priant quand je me sentais perdre pied de nouveau ? Sortir du harcèlement professionnel fut une épreuve difficile, douloureuse qui a nécessité du temps. Je n’avais pourtant pas fait tout ce chemin pour rien, je n’allais pas mieux pour de nouveau plonger et me retrouver à devoir aller travailler parce que je n’avais pas le choix, mais sans aucune envie. Il me fallait reprendre les choses en mains, redéfinir mes choix professionnels pour que je puisse vraiment m’épanouir. C’est peut-être idiot, idéaliste, utopique mais c’est important.

Il a alors suffi d’une rencontre, d’un homme, d’un endroit. Un rendez-vous est prévu ce soir à 17h pour négocier les termes de ce nouveau contrat. La fonction sera variée, je serais logée sur place. Cet homme semble me faire confiance et souhaite me donner ma chance. Il a besoin d’une personne jeune et dynamique et je lui ai très vite proposé mes services. Comme ça, naturellement, spontanément, au détour d’une conversation. Parce que ça me paraissait tellement stupide de passer à côté d’une telle occasion.

Je suis sur le point de concilier vie professionnelle et vie privée. Il y a ce risque de ne pas réussir à déconnecter vraiment en vivant sur place, d’être toujours disponible. C’est pour moi l’opportunité de voir si je suis faite pour la voie à laquelle je me destine. Je vis à présent mes 10 derniers jours à l’Office de Tourisme. 10 petits jours avant de pouvoir donner vie à ce nouveau projet professionnel. Je travaillerai encore dans le tourisme mais d’une façon différente. Je n’ose vous en dire plus pour l’instant, comme si je pouvais m’attirer un mauvais sort…

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11 réflexions sur “A l’aube d’un nouvel avenir.

  1. Le harcèlement moral est destructeur mais toujours si difficile à prouver, c’est atterrant. Je suis heureuse que tu ai eu le courage de quitter cette situation douloureuse Julie. Il faut s’éloigner pour se reconstruire.
    J’ai hâte d’en savoir plus sur ce nouveau poste qui se présente à toi. Tu avances dans la direction qui te correspond et je suis certaine que tu donneras le meilleur de toi même et pourra t’épanouir dans un milieu serein.
    Je t’embrasse

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    1. J’ai d’abord subi ce départ, jusqu’à ce que je comprenne que je m’obstinais dans une situation malsaine que je ne pouvais régler. Je ne voulais pas abandonner, je ne voulais pas paraître lâche alors que j’avais dit de tenir le coup et ne pas lâcher devant cette personne…
      Je peux t’assurer aujourd’hui que j’avance dans la bonne direction. Les choses se précisent et j’ai hâte de pouvoir rejoindre ce nouvel endroit de vie et de travail.
      De doux baisers pour toi et l’escargot, merci pour tes mots toujours empreints de bienveillance.

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  2. Il faut du courage pour quitter sa vie (deux fois !) et tout recommencer, mais ces choix étaient indispensable à ta « survie ». J’espère que ce nouveau travail te comblera en bien des manières ! Félicitations, je ne doute pas une seule seconde que tu le mérites. À toi de jouer 🙂

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        1. Pour le coup pas vraiment… et en fait, à chaque fois que j’ai changé de poste, j’ai déménagé^^ Là, c’est un logement de fonction pour que je sois sur place. Vu le poste, je n’ai guère le choix et au niveau environnemental, cela me permet de réduire considérablement mes déplacements en voiture – en cela, j’arrive à accorder envies privées et envies professionnelles 🙂 Je ne pars pas très loin car je vais travailler dans le village où je travaille actuellement, je vais donc quitter Lisieux mais je serai toujours dans le Pays d’Auge, ce qui me va très bien pour l’instant !

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