Adieu, fantôme du passé. Je tourne la page pour de bon.

Depuis plusieurs jours, je noircis les pages d’un carnet que je ne garderai pas. Je ne publierai pas non plus ce que j’y écris.

Je le brûlerai.

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Le mois de Janvier est un mois compliqué. Depuis 16 ans. Il y a d’abord eu ce que j’appelle « le jour des adieux aux larmes ». Et puis il y a eu la sorte violente de la voiture, la course jusqu’au lit médicalisé installé dans le salon, et les cris. Des pleurs encore, les miens, ceux de mon frère, ma mère qui s’effondre, mon père plus discret, une cousine dans mes bras, ma grand-mère en silence. Et le premier visage de la mort, ses yeux fermés à jamais, son sourire disparu, ses cheveux gris recoiffés, le costume passé. Papy s’en était allé.

Tout s’est terminé le 27 Janvier 2001. Je croyais que j’allais le revoir, qu’il allait se lever au milieu de cette foule vêtue de noir. J’avais 10 ans et on ne parlait pas de la mort. Pourtant, je l’avais vu sur le lit réfrigérant, j’avais regardé les fausses bougies, j’avais posé mes lèvres sur son front comme Mamie me l’avait dit. Je lui avais dit « Tu n’as plus mal maintenant. ». Je m’attendais à ce qu’il se lève au milieu de la foule, qu’il surprenne le cortège, qu’il dise que c’était une blague, la plus grande plaisanterie de sa vie et qu’il invitait tout le monde à venir boire une bière en mangeant des sardines sur du pain au beurre devant le poêle à charbon. Les portes se sont ouvertes, et des hommes portaient cette boîte en bois immense. Mamie baissait les yeux, et les gros verres de ses lunettes étaient embués. Elle pleurait encore. J’ai souri à l’un de mes cousins, je me suis assise et j’ai écouté Papa lire sa lettre, j’ai tenu la main de ma cousine, j’ai chanté avec les dames du chœur.

Elles ont dit « Dans ton Royaume, souviens-toi de nous Seigneur, souviens-toi de nous ». 

Quelques centaines de mètres plus loin, on a ouvert une tombe et le cercueil a glissé. Papy entrait dans sa dernière demeure, notre secret bien gardé. Jusqu’à ce que je ne puisse plus me taire, jusqu’à ce que les cauchemars surprennent mes nuits jusque là calmes, jusqu’à ce que je me souvienne, jusqu’à ce que je comprenne.

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Parce que dans son Royaume, Dieu se souvient de nous et des épreuves que la Vie nous réserve, parce qu’il a placé en nous ce dont nous avions besoin pour dépasser ces épreuves, j’ai appris à démêler le vrai du faux, j’ai mis des mots sur les douleurs du passé. 

Et la souffrance s’arrête aujourd’hui. Je brûlerai ce carnet qui renferme une part de mon histoire qui ne me définit plus. Et dans les flammes disparaîtront les silences honteux, les actes inavouables, les pensées impures et les gestes haineux. Aujourd’hui, je ne me déteste plus. Je lui ai pardonné, autant que je me suis pardonnée à moi-même et à ceux qui n’ont rien vu, rien su et rien pu faire.

Aujourd’hui, 16 ans plus tard, je tourne la page pour de bon. Je ne veux plus en parler, je ne veux plus y penser, je ne veux plus en rêver. Je ne veux plus sursauter en croisant son regard sur les photos, je ne veux plus avoir peur, je ne veux plus avoir mal. Je ne veux plus la honte de me mettre nue devant mon miroir : mon corps a changé, et je ne suis pas un monstre.

J’ai 27 ans. J’ai survécu et j’ai été sauvée. Un homme a ouvert les bras, m’a serrée contre son coeur et m’a dit « Un jour, ça ira mieux. Tu iras bien, je te le promets. ». Depuis, cet homme veille sur moi et m’a offert le plus beau des cadeaux : l’amour de son cœur, et le chemin à suivre vers l’Amour de Dieu. Il en a fallu des cris, des larmes, des crises de panique, de la spasmophilie, des troubles de l’alimentation, des disputes, des erreurs, des regrets pour en arriver aux sourires, aux rires, à la gourmandise, à la tendresse, au calme, à la sérénité, aux prières, à l’amour… Je veux savourer chaque instant que Dieu me donne, aimer à avoir le cœur qui bondit dans la poitrine, et l’âme qui s’envole très haut dans le ciel. Je veux m’envoler dans les étoiles des sourires et les rires des gens que j’aime, le corps et le cœur légers comme des ballons qu’on lâche dans le vent.

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