D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimĂ© lire. Et c’Ă©tait sans surprise qu’avant l’entrĂ©e au lycĂ©e, je voulais rejoindre la filiĂšre littĂ©raire.

J’aimais lire. J’aimais me perdre – oublier mon existence, ne rien entendre de ce qui m’entourait – dans ces histoires fictives ou rĂ©elles, que je dĂ©vorais avec un appĂ©tit toujours plus vif pour les lectures Ă  venir. Quand je ne trouvais pas mon bonheur dans la bibliothĂšque rose de Maman, ou dans la bibliothĂšque verte de Papa, je laissais mes doigts effleurer les belles et Ă©paisses couvertures des livres reliĂ©s de la mĂ©diathĂšque et je parcourais toutes les allĂ©es du centre de documentation du collĂšge Ă  la recherche du prochain ouvrage que je lirai le coeur battant. Serait-ce une histoire d’amour ? Serait-ce une enquĂȘte d’un dĂ©tective hors du commun ? Serait-ce une Ă©popĂ©e fantastique ? Serait-ce un classique de littĂ©rature française, une piĂšce de thĂ©Ăątre, un nouveau roman, un essai ? Serait-ce un tĂ©moignage de vie ? Je n’avais peur de rien pas mĂȘme de la philosophie, j’Ă©tais curieuse de tout. Je n’avais pas de genre de prĂ©dilection, il suffisait alors que la couverture me plaise, que le titre me fasse sourire ou froncer les sourcils, que l’intrigue dĂ©clenche une Ă©motion. Et je repartais, sous le bras et dans mon sac, chargĂ©e de ces livres que je dĂ©poserai au pied de mon lit, Ă  mĂȘme le sol, prĂȘte Ă  commencer une nouvelle lecture dĂšs celle en cours achevĂ©e.

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J’avais cette libertĂ© de choix que les longues listes de lecture des cours de classes prĂ©paratoires m’ont retirĂ©e. Et l’envie de lire, le plaisir de la lecture a tout simplement disparu. Je ne passais plus mes Ă©tĂ©s trop occupĂ©e Ă  dĂ©vorer un roman allongĂ©e sur un transat ou Ă  mĂȘme l’herbe fraĂźche des jardins ombragĂ©s. Lecture rimait alors avec torture, rĂ©flexion profonde, longues soirĂ©es de prises de notes et de questions, et nuits courtes. Si j’avais lu des ouvrages classĂ©es au patrimoine de la LittĂ©rature Française – ainsi que Britannique et AmĂ©ricaine – j’avais perdu le goĂ»t de la lecture. Je ne savais plus lire simplement, il me fallait analyser le style d’Ă©criture, le point de vue adoptĂ©, la relation du fond et de la forme comme on avait voulu me l’apprendre en classe. Rien ne semblait assez bien. J’Ă©tais incapable de savourer un livre pour son histoire.

Je ne savais plus lire que par devoir, dans le but de rédiger une dissertation, de collecter des données pour un examen et plus tard pour le mémoire. Je ne savais plus lire par amour de lecture.

Je dĂ©mĂ©nageai en ville et dĂ©couvris le charme des cafĂ©s littĂ©raires, ces endroits inondĂ©s de livres plus ou moins anciens, qui quand on tourne les pages Ă©manent une odeur chargĂ©e de poussiĂšre mais aussi de transmission de patrimoine. Je partis en Angleterre et j’affinai ma maĂźtrise d’une autre langue que ma langue maternelle, langue que j’aurais plus tard grand plaisir Ă  retrouver dans mes moments lecture. Je passais du temps Ă  Ă©crire, flĂąnant le nez au vent en observant le monde autour de moi.

Je m’attardais alors dans des bibliothĂšques oĂč se mĂȘlaient livres neufs et ouvrages d’occasion. Je sentais ma curiositĂ© me titiller de nouveau. Je m’inscris Ă  France Loisirs en 2013 et commençai Ă  acquĂ©rir un nombre important de livres qui bientĂŽt allaient me suivre de dĂ©mĂ©nagement en dĂ©mĂ©nagement pour finalement se retrouver rangĂ©s dans la bibliothĂšque du logement que j’occupe actuellement – et oĂč je compte rester quelques annĂ©es si possible. Je retrouvai l’Ă©clectisme des genres littĂ©raires parmi les rĂ©fĂ©rences que j’avais devant moi, et avide de ces histoires dans lesquelles je dĂ©sirais me perdre de nouveau, je choisis fĂ©brile le livre qui scellerait mes retrouvailles avec la lecture : les yeux jaunes des crocodiles, de Katherine Pancol. Je lui dois mon retour Ă  une lecture impatiente, avide, curieuse. Je lui dois mon empressement Ă  dĂ©couvrir d’autres auteurs que j’avais nĂ©gligĂ©s, mon retour vers ceux que j’avais pu dĂ©vorer des annĂ©es plus tĂŽt comme Marc LĂ©vy et Guillaume Musso…

Mes lectures viennent aujourd’hui nourrir de longues conversations avec Habibi. Dans ma bibliothĂšque, certaines Ă©tagĂšres regorgent de rĂ©fĂ©rences de ces auteurs anglo-saxons qu’il affectionne particuliĂšrement : les romans bouleversants du trĂšs regrettĂ© John Berger, les auteurs de rĂ©cits tels que Colin Thubron et Ian McEwan, les mĂ©ditations de E Stanley Jones, la rĂ©flexion poĂ©tique et celtique de John O’Donohue, la pensĂ©e de C.S Lewis. Ensemble nous avons dĂ©couvert la plume de Sylvain Tesson, les ouvrages de Guy Gilbert… Son appĂ©tit de lecture vient amplifier le mien, mis en sourdine pendant quelques annĂ©es, et qui ne demandait qu’Ă  s’Ă©panouir de nouveau.

Aujourd’hui, je savoure le plaisir retrouvĂ© de la lecture, dĂšs que je peux prendre le temps, un chat blotti bien au chaud contre mes jambes, une tasse de thĂ© ou de cafĂ© bien chaud posĂ© Ă  portĂ©e de mains, une douce et poĂ©tique mĂ©lodie – bien souvent du piano – accompagnant ce moment de tĂȘte-Ă -tĂȘte entre les mots des autres et mon coeur de petite fleur bleue. 

 

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13 réflexions sur “Le plaisir retrouvĂ© de la lecture.

  1. J’ai toujours adorĂ© lire… Les livres m’ont fait vivre des milliers d’aventure, je trompais la solitude des enfants uniques Ă  travers les mots. Je retiens cette petite phrase dont j’ai oubliĂ© la provenance « aimer lire, c’est aimĂ© la vie »… Pendant mes annĂ©es d’Ă©tudes, elle Ă©tait affichĂ©e sur la porte de mon kot… Cela donnait le ton 🙂 Bisous

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    1. Je crois que la lecture venait de mon cĂŽtĂ© tromper la mĂ©lancolie, m’offrait de quoi rire et rĂ©flĂ©chir. C’Ă©tait mon moyen de connexion au monde tout en Ă©tant protĂ©gĂ©e dans ces histoires.
      Je suis d’accord avec cette petite phrase que j’aime beaucoup et qu’il me plairait d’accrocher Ă  la porte de ma chambre – mon endroit privilĂ©giĂ© pour la lecture.
      Bisous CĂ©cile ❀

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  2. DĂšs que j’ai appris Ă  lire, j’ai dĂ©vorĂ© les livres d’enfant. Et puis je me suis lassĂ©e entre 9 et 13 ans. Plus aucun livre ne me faisait d’effet. Je lisais les livres d’Ă©coles et c’est tout.
    Et puis, en 4e, une copine d’Ă©cole a fait un exposĂ© sur un livre d’AmĂ©lie Nothomb : MĂ©taphysique des tubes. Ca m’avait tellement intriguĂ© que deux jours aprĂšs je l’achetais et le dĂ©vorais ! Les semaines qui suivirent, j’avais tout lu de l’auteur et j’en dĂ©couvrais d’autres.

    Depuis, j’ai des pauses, mais je lis trĂšs rĂ©guliĂšrement. J’apprends beaucoup grĂące Ă  la lecture. C’est tellement enrichissant !

    Je te rejoins sur les Ă©tudes de lettres … On se met Ă  lire par obligation, on perd tout plaisir en dĂ©cryptant chaque phrase, chaque mot .. C’est bien dommage.

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    1. La lecture apporte tellement je trouve, de ce moment passĂ© dans le calme de la lecture Ă  toutes ces Ă©motions qui nous assaillent, Ă  toute cette connaissance et cette comprĂ©hension qui est alors possible parce qu’intelligible…
      J’ai un seul livres d’AmĂ©lie Nothomb que je n’ai encore jamais lu. Il s’agit de « PĂ©ronille ». Merci Rozie de partager ici ta petite histoire avec les livres 🙂

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      1. PĂ©tronille est loin d’ĂȘtre le meilleur (enfi,, selon moi ^^). Je prĂ©fĂšre ses dĂ©buts !

        Oh oui, ça nous apporte Ă©normĂ©ment ! La lecture, comme le cinĂ©ma je trouve, nous permet de vivre plusieurs vies, de comprendre les autres, d’ĂȘtre capables d’empathie et de ressentir des sentiments que nous n’aurions peut-ĂȘtre jamais vĂ©cu sans … C’est terriblement enrichissant !

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        1. Je le lirai donc avec beaucoup d’indulgence, et ce sera certainement une belle introduction au reste de son Oeuvre 😊
          Je vis Ă©galement avec beaucoup d’Ă©motions les moments passĂ©s devant les films et les sĂ©ries. MĂȘme une publicitĂ© parfois m bouleverse !

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  3. Comme toi je me suis complĂštement dĂ©connectĂ©e de la lecture avec les Ă©tudes, mais plus par manque de temps qu’autre chose. Je m’y suis replongĂ©e par vagues, mais c’est souvent que le rythme de vie m’Ă©carte de façon plus ou moins prolongĂ©e de ce plaisir. Il faut dire que je suis devenue une lectrice trĂšs exigeante et que rares sont les livres qui me font vibrer Ă  n’en plus pouvoir les lĂącher. Cela dit, avec le retour du soleil, je vais pouvoir retrouver le plaisir de m’allonger dans l’herbe aprĂšs le repas pour un instant de lecture, et je m’en rĂ©jouis dĂ©jĂ  ! Mais pas de chat sur les genoux pour moi đŸ˜„

    Aimé par 1 personne

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