C’est Habibi qui l’avait dans ses mains. Et je l’ai déposé au fond du sac après l’avoir acheté, sans vraiment y penser. Il l’a lu avant moi, je crois que je n’étais pas prête pour ça. J’avais déjà lu un livre sur l’enlèvement et l’emprisonnement d’un journaliste américain au Liban. Je n’ai pas réussi à le finir. Je le lisais en anglais et je n’y arrivais pas…

Habibi a lu le livre sans rien en dire vraiment. Il a soupiré, plusieurs fois. Il l’a posé et m’a dit « Vas-y, lis-le ». Et je l’ai lu.

L’histoire 

Enlevé dans le désert par un groupe de djihadistes avec ses parents et ses frères, Baptiste, après plusieurs semaines de captivité, est le seul à être libéré. Ponctué d’hésitations, de silences, son débriefing laisse apparaître des zones d’ombre, des secrets qu’il tient à garder. Le garçon semble aussi avoir perdu la mémoire d’événements importants. Peu à peu, néanmoins, se révèle l’histoire extraordinaire et cruelle de celui à qui ses ravisseurs ont donné le nom d’un renard du désert : Yumaï.

Baptiste est un adolescent, l’aîné d’une fratrie en conflit avec ses parents : la religiosité de leur vie a presque éteint sa foi en Dieu, il déteste presque son père qu’il trouve trop faible, et ne comprend pas le besoin de sa mère de prier sans cesse. Ils s’en remettent à Dieu quand lui ne voit pas l’intérêt d’une telle démarche.

Un jour, ils sont enlevés par un groupe de djihadistes et très vite Baptiste se détache de ses parents, de ses frères, de sa vie d’avant. Mêlé à la peur, il a cette rage de survivre quand l’épuisement, la faim et l’incompréhension ne lui donnent pas envie de mourir. Dans le camp où ils sont détenus, Baptiste n’est pas traité comme les autres. Tout doucement, les djihadistes profitent de cette distance qu’il instaure entre ses proches et lui pour s’immiscer dans sa vie, dans son esprit et pour le transformer en Yumaï.

Le livre

Deux styles dans ce livre : le dialogue et le récit.

Dès la première scène, on apprend que Baptiste a été relâché et il est interrogé par quelqu’un qui lui veut du bien, et qui cherche à comprendre ce qui s’est passé là-bas dans le désert pour retrouver les autres membres de la famille disparue. Mais Baptiste n’existe plus, c’est à Yumaï qu’il faut s’adresser. Baptiste est mort, Yumaï est né dans le désert, c’est le guerrier, et les djihadistes sont ses frères.

Viennent ensuite le récit, lorsque les séances d’interrogation s’interrompent. Nous entrons alors dans les pensées de Baptiste, dans ses souvenirs, dans ce qu’il a ressenti en se transformant, dans ce qu’il ressent aujourd’hui de retour dans la civilisation occidentale sans les autres membres du groupe, et sans sa famille.

Les courtes phrases du dialogue contrastent avec les longues phrases du récit. Pour chaque section, le temps semble ne plus vraiment exister. Parce que la mémoire de Yumaï est confuse, parce que Baptiste vit encore un peu en lui. Et les souvenirs que les conversations font remonter révèlent une vérité terrible que personne ne souhaite affronter, et surtout pas Baptiste.

J’ai aimé

Le style d’écriture, le rôle du désert, les descriptions de la grotte.
Entre les silences, les conversations courtes et les pensées toutes azimutes.
La thématique de la mémoire, de la souffrance, des souvenirs difficiles, du déni puis de la révélation.

Une lecture difficile parce que pesante au niveau psychologique, mais un achat que je regrette pas. J’ai passé un cap en lisant ce livre qui touche à des thèmes actuels difficiles : la quête d’identité d’un adolescent meurtri, manipulé et qui rêve d’une vie différente…

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3 réflexions sur “J’ai lu « Comment Baptiste est mort », d’Alain Blottière

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