Un corps, une histoire…

Quand un homme a posé ses mains sur moi pour la première fois, il n’en avait pas le droit. Quand j’ai choisi un homme pour la première fois, il ne m’a touchée que pour son propre plaisir. Alors je me suis détestée. Mon corps s’est agité, a brûlé de désir pour un homme qui n’a fait de moi qu’une bouchée. Mon corps s’épuisait. Lasse, j’étais devenue indifférente. Je taisais ses plaintes. Je malmenais ce corps dont je ne voulais pas. Je disparaissais, au plus profond de moi.

Rien ne semblait plus avoir la moindre importance. J’étais mal dans ma peau, mais je ne le disais pas. J’avais bien parlé un jour, mais la réalité était trop dure à entendre, trop compliquée à accepter. Elle chamboulait tout. Mieux valait l’ignorer, ne pas en parler. On me reprochait d’être triste, d’être distante. On ne me posait pas de question, on me jugeait sur une mine renfrognée et des regards fuyants. Il paraît pourtant que mon sourire m’allait bien. Oui… parfois, je souriais… quand je baissais ma garde, quand je remontais à la surface. Et ça ne durait jamais bien longtemps. Je n’étais jamais aussi vulnérable que lorsque je me sentais en sécurité. Ce sentiment ne durait pas, il s’évaporait à la moindre remarque déplaisante, au moindre abus, à la moindre méchanceté.

Un jour, j’en ai eu assez. Un jour, j’ai voulu que ça cesse. Ce même jour, tu as pris ma main dans la tienne. Tu as posé les questions que j’avais besoin d’entendre, tu as écouté toutes mes réponses. Ma vérité. De ma poitrine, un premier poids s’est envolé. Le soleil dans le ciel n’avait pas la même intensité. L’air était plus clair.

J’ai compris que j’avais été lâche, que je m’étais abandonnée. Avais-je eu le choix ? C’est ainsi que j’avais survécu aux abus et aux coups, aux insultes et aux moqueries. A présent, je voulais vivre. Mon passé était mon passé, rien ne pouvait le changer. Attendait en moi cette force d’y faire face, de ne plus en avoir honte, de l’accepter pour en guérir. S’il fallait pour cela rompre le silence, tu serais là pour me prêter main forte, pour me soutenir et pour me consoler. Ton amour, guidé par un Amour plus Grand, m’a offert la Liberté. Celle d’apprendre à respecter et aimer ce corps qu’est le mien.

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Longtemps, j’ai gardé les yeux fermés devant mon reflet. Le soir, debout devant le miroir, c’est un corps de jeune femme que j’observe, avec ses rondeurs naissantes et ses formes différentes. Mon corps respire et se libère, chaque jour qui passe, des chaînes du passé. Il s’ouvre, s’offre à la lumière du soleil qui se couche. Et la douce teinte orangée du ciel fait briller ma peau quand je souris, emplie de joie et de gratitude d’être en vie et d’en ressentir la beauté dans chaque grain de ma peau.

Ouvrez les yeux, aimez-vous, prenez soin de vous…

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16 commentaires sur “Un corps, une histoire…

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    1. Merci beaucoup ❤ Ça n’a pas été facile, et ce parcours est fait de hauts et de bas, encore aujourd’hui. Je reviendrai sur cette thématique dans d’autres articles. Cette harmonie que tu cites, difficile à atteindre, est pourtant nécessaire pour savourer la vie ! 😊 bonne soirée à toi aussi.

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    1. On se malmène parce qu’on se bat contre quelque chose qu’on ne parvient pas à comprendre, on se bat mais surtout on fuit. Ouvrir les yeux sur ses blessures, ses erreurs, et tenter de rétablir la vérité, de surpasser tout ce qu’on a pu faire de mal pour être mieux demande du temps, de la patience, et du soutien aussi…
      Je t’embrasse ! ❤

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  1. Le corps de la femme est un sujet tabou, on ne nous apprend pas à l’aimer vraiment. Les violences qui lui sont faites quotidiennement ou par d’horribles évènements ne poussent qu’à le détester un peu plus… Mais la plus grande violence est celle de rejeter son propre corps, de se sentir enfermée dedans.
    Le chemin vers l’acceptation et l’amour de soi est si parsemé d’embûches, d’autant plus lorsqu’on est victime de violences physiques et psychologiques comme tu l’as été. Mais trouver du bonheur en s’aimant et en aimant son corps est une si grande force. Moi-même je n’y arrive pas tous les jours. C’est un beau chemin à emprunter Julie, qui nous mène forcément vers l’avant, vers plus de lumière 🙂

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  2. Quel magnifique et émouvant partage Julie. Je pense qu’il est difficile d’avoir une relation sereine avec son corps quand celui-ci a été utilisé, abusé, abîmé. Il faut faire son deuil pour enfin se regarder différemment. Tu as pu en parler, te libérer, bravo. J’imagine combien cela doit être difficile.
    Doucement reprendre le contact, se regarder avec bienveillance, se réapproprier son corps. Ton corps reprend vie sous ton regard apaisé. Tu peux être fière du chemin parcouru ma jolie.
    Je t’embrasse. Et merci.

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  3. Très dur de faire la paix avec son corps après tout ça et je crois que le pire c’est quand tout se répète (un jour j’essaierai d’expliquer ce qui m’est arrivé en réponse à la tienne sur ton autre post et comment je l’ai vécu après). Tu as le courage d’en parler et je te tire mon chapeau ma Julie. Prends soin de toi, de ton corps qui n’appartient toujours qu’à nous seules même si on le partage avec quelqu’un qu’on aime, on vit dedans et avec et plus on apprend à prendre soin de soi,à savoir ce qu’on ne veut plus aussi, plus ça se répare bien doucement. Et puis je crois qu’il y a des rencontres aussi qui font que le corps se répare sous d’autres mains plus bienveillantes aussi. Ca fait un peu cercle vicieux, on voit que quelqu’un a envie de prendre soin de ce corps maltraité d’une façon ou d’une autre et ça donne l’impulsion de se dire de faire attention à lui aussi. Gs bisous et des pensées ❤ Douces, les pensées pour réparer les plaies béantes qui essaient de se refermer doucement

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  4. Bonjour, je viens de découvrir ce blog via cet article…
    Il me fait penser à un passage d’un livre – dont hélas le titre m’échappe. Je me rappelle que c’est une scène entre deux personnages, l’un des deux est suicidaire, et le second en est amoureux. Durant la scène en question, le deuxième essaie de bloquer le premier pour l’empêcher de se faire du mal. Le personnage en question crie, se débat, il dit à celui qui l’immobilise qu’il le déteste. Ce à quoi il répond : « je sais que là, maintenant, tu me hais. Mais tu te hais toi-même bien plus que tu n’es capable de me haïr. »
    Ce que tu décris sur le fait de faire du mal à son corps – j’ai été particulièrement touchée par cette formule de « disparaître au fond de soi » – m’a rappelé cette histoire. Bravo pour ce texte, qui n’a pas du être facile à écrire.

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    1. Merci d’avoir laissé ce message. Je ne comprends que trop bien la réponse de ce personnage, la haine envers soi-même peut faire des dégâts. Elle peut pourtant être dépassée, si on accepte de se remettre en question, de souffrir à un moment pour aller mieux ensuite. Chacun peut s’en sortir, quel que soit le temps qu’il/elle mettra, seul(e) ou accompagné(e).

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