Cet article fait Ă©cho au trĂšs bon billet lu ce matin, « Un viol par consentement ».

J’ai dĂ©jĂ  parlĂ© de mon agression sur un parking de supermarchĂ© survenue il y a quelques semaines. J’ai dĂ©jĂ  parlĂ© aussi du manque de respect dont mon corps avait pu ĂȘtre victime. Je ne rappelle pas ces articles pour vous vous sentiez mal, ou tristes pour moi. Je n’ai pas besoin de ça.

Ce matin, j’ai essayĂ© de comprendre comment la justice française avait prise aprĂšs avoir lu cet article sur LibĂ©ration. Le crime n’est pas considĂ©rĂ© comme un viol mais une « atteinte sexuelle », en raison du manque de rĂ©activitĂ© de la jeune fille, sa passivitĂ© Ă©tant interprĂ©tĂ©e comme un consentement. La loi française se couvre sous le fait qu’elle ne fixe pas d’Ăąge de discernement, c’est Ă  la juridiction en question de dĂ©terminer s’il y a consentement ou non de la part de la victime.

J’ai essayĂ© de comprendre.
Et je ne comprends pas.
Je ne peux pas.

Dans quel monde vit-on ?

Dans un monde oĂč les petites filles sont agressĂ©es et non protĂ©gĂ©es. Dans un monde oĂč j’ai presque 28 ans et j’ai peur de me faire belle parce que je pourrais donner raison Ă  mon agresseur. Dans un monde oĂč le harcĂšlement de rues est excusĂ©, justifiĂ©. Dans un monde oĂč il est plus facile de s’attaquer Ă  la victime qu’au coupable de l’agression.

J’en ai des nausĂ©es. Une de ces envies de vomir qui vient du plus profond des entrailles.

J’ai appris Ă  mes dĂ©pends que les enfants n’Ă©taient pas forcĂ©ment des anges. Je croise quotidiennement des jeunes filles qui ont moins de 15 ans et qui aimeraient en paraĂźtre plus. Les condamnerais-je pour autant ? Elles suivent une mode, veulent ressembler Ă  leurs idoles, sont certainement plus mal Ă  l’aise avec leurs formes qu’elles ne veulent l’admettre, sont certainement plus effrayĂ©es qu’elles ne le pensent.

MĂ©riteraient-elle d’ĂȘtre attirĂ©es dans une cage d’escalier, au fond d’un wagon de train, pour des pratiques sexuelles forcĂ©es ?

Un jour, dans le mĂ©tro, un homme m’a pincĂ© les fesses. Un autre jour, bien avant ça, un homme a attendu des heures dans sa voiture que je descende de chez des amis : il m’avait demandĂ© quelques heures plus tĂŽt la direction de la gare. Il est descendu de la voiture, j’Ă©tais tĂ©tanisĂ©e. J’aurais pu crier et courir. Aucun son n’est sorti, et je n’ai pas pu bouger. Il m’a aspergĂ©e de parfum, m’a brĂ»lĂ© les yeux, et je ne me suis enfuie que lorsque j’ai compris qu’il n’avait pas verrouillĂ© les portes de la voiture. Avant ça, je vous laisse imaginer les mots qu’il a pu prononcer et les gestes qu’il a eu. Je me souviens ĂȘtre allĂ©e au commissariat et avoir dĂ» rĂ©pondre Ă  des questions du style : « Que portiez-vous ce jour-lĂ  ? », « Y avait-il quoi que ce soit dans votre comportement qui puisse justifier ce genre de rĂ©action ? », « Est-ce que vous en aviez envie vous aussi ? ». Imaginez le choc, la surprise, la tristesse en entendant ces questions. Et bien sĂ»r, je n’avais pas su le dĂ©crire, ni le reconnaĂźtre sur ces dizaines de portraits de dĂ©linquants sexuels qu’on m’avait demandĂ© de regarder.

J’ai 28 ans et je suis terrorisĂ©e Ă  l’idĂ©e que les hommes me regardent. Si je m’habille d’une façon plus fĂ©minine et plus Ă©lĂ©gante parfois, j’ai toujours cette apprĂ©hension qui me fait me sentir « nue » alors que je ne le suis pas, alors que je limite le moindre carrĂ© de peau visible. Je les vois ces hommes qui nous dĂ©visagent et nous dĂ©shabillent, leurs regards lubriques et leur pensĂ©es obscĂšnes. Les sifflements sont insupportables, tout comme les insultes qui fusent quand ils sont ignorĂ©s.

Si nous ne pouvons pas avoir confiance en la justice française, et si les questions qu’on nous pose tendent Ă  remettre notre honnĂȘtetĂ©, celle des femmes mais surtout celle des victimes – il y a certainement aussi des hommes victimes d’agression mais peut-ĂȘtre n’osent-ils pas s’exprimer de peur d’ĂȘtre jugĂ©, mal compris, dĂ©nigrĂ©… – que pouvons-nous faire ? Comment pouvons-nous nous protĂ©ger ?

L’histoire de cette petite fille n’est pas un fait divers. C’est la triste rĂ©alitĂ© dans laquelle nous vivons. C’est une dĂ©cision incomprĂ©hensible, une opportunitĂ© manquĂ©e de montrer que nous avons compris que notre sociĂ©tĂ© avait pour rĂŽle de protĂ©ger les plus faibles des mĂ©chants et non pas l’inverse.

C’est un combat perpĂ©tuel. Une lutte acharnĂ©e.

Je vais reprendre l’expression de ce billet de Cristina, que j’ai trouvĂ©e trĂšs juste : « Je ne suis pas une fĂ©ministe dans l’ñme, je revendique plutĂŽt d’ĂȘtre traitĂ©e d’égal Ă  Ă©gal. »

D’Ă©gal Ă  Ă©gal. Un homme, une femme, un enfant. Des ĂȘtres humains. Aux corps qui doivent ĂȘtre respectĂ©s. Alors nous Ă©crivons. Nous exprimons notre dĂ©sarroi, notre souffrance, nous utilisons notre plume pour retrouver la voix que nos agresseurs nous volent, pour refuser que notre silence soit un signe de soumission et de consentement.

Nous ne vous laisserons pas faire. 

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3 réflexions sur “Un fait divers qui n’en est pas un.

  1. Sujet effectivement complexe.. La sexualitĂ© masculine Ă©tant encensĂ©e dĂšs le plus jeune Ăąge comme une virilitĂ© incontournable, nous ne changerons pas de paradigme tant que cela n’est pas pris au niveau Ă©ducatif dĂšs le plus jeune Ăąge. Nous en souffrons certes, mais pas autant que certains pays oĂč la sexualitĂ© masculine est portĂ©e au panthĂ©on comme une « reconnaissance sociĂ©tale » oĂč l’homme possĂšde la femme. En France, ou plus largement en Occident, c’est l’image de la femme comme objet sexuĂ©, plus le porno etc qui n’aident pas.. Eduquer Ă  se respecter soi et donc l’autre est ce qui nous prĂ©serverait le plus. Par contre, « n’ayons pas peur ». Quant aux habits, je crois que la simplicitĂ© ne nous enlĂšve aucunement notre fĂ©minitĂ©. Non pas pour se cacher, ni par peur, mais par tranquillitĂ© et libertĂ© de se mouvoir sans ĂȘtre interpellĂ©e, regardĂ©e etc.. Quant Ă  cette affaire sordide, elle fera jurisprudence, c’est certain
 Sujet trĂšs trĂšs complexe
 ps : j’ai 48 ans et ai vĂ©cu des dĂ©convenues, j’ai Ă©tĂ© kidnappĂ©e Ă  19 ans l’arme au poing, un homme m’a crachĂ© au visage dans la rue juste parce que je le regardais.. La rĂ©silience est ce qui permet d’avancer : ces individus ne nous voyaient pas en tant que personnes mais en tant que dĂ©fouloir de leur propre dĂ©sespĂ©rance. L’important est de laisser glisser hors de soi ce qui ne nous appartient pas et n’a Ă©tĂ© que subi collatĂ©ralement. Nous n’étions pas la cible mais sur le chemin. Beau week end 🙂

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